Finance durable : perspectives pour 2026 - Le marché des obligations durables gagne en maturité et en robustesse
Après une année 2025 assez morose dans un contexte difficile pour l’ESG, les émissions obligataires durables au niveau mondial devraient rebondir légèrement, avec une croissance à un chiffre, pour atteindre environ 870 milliards d'euros-eq. en 2026, selon l’équipe ESG Fixed Income Research de Crédit Agricole CIB.
La fragmentation du paysage mondial continue de refaçonner les marchés durables
En 2025, l’Europe représente toujours un peu plus de la moitié du marché mondial des obligations durables. Elle entre néanmoins dans une phase plus complexe de la transition énergétique. Désormais, la sécurité énergétique et la compétitivité industrielle sont les deux axes stratégiques prioritaires de l’Europe pour atteindre ses objectifs en matière de transition énergétique. À cette fin, en 2025, plusieurs nouveaux plans d’action sectoriels ont été mis en place au niveau de l’UE en vue de revitaliser les industries européennes. Toutefois, ce recalibrage des politiques pourrait également ralentir les progrès vers les objectifs sectoriels en place à l’horizon 2030, tandis que la persistance de l’incertitude réglementaire continue de peser sur les décisions d’investissement dans le bas carbone.
En revanche, l'année 2025 a été marquée par un recul climatique aux États-Unis, où les politiques existantes en matière d'énergie propre sont détricotées au profit d’une augmentation de la production nationale d’énergie fossile. Cet écart a permis à la région Asie-Pacifique et notamment à la Chine, de se positionner en plateforme stratégique de la transition énergétique, en particulier pour la fabrication de technologies durables, les minéraux critiques et l’hydrogène.
Globalement, la sécurité énergétique et la compétitivité industrielle semblent être les principaux moteurs des derniers développements politiques qui remodèlent le paysage de la finance durable aux quatre coins du globe.
Déjà modérée, la dynamique de la transition sectorielle fait face à un nouveau défi, celui de la demande énergétique exponentielle des data centers
La transition énergétique avance trop lentement, toutes régions et tous secteurs confondus. Alors que les services aux collectivités semblent être le secteur le plus avancé en 2025, près des deux tiers de leurs dépenses d’investissement étant alignées sur la taxonomie de l’UE, le secteur est aujourd’hui confronté à de nouveaux défis liés à la nécessité d’investir massivement dans la modernisation des réseaux électriques et à la demande exponentielle d’énergie alimentée par l’expansion sans précédent des data centers IA. La demande d’énergie tirée par l’IA devrait presque tripler d’ici 2035, selon le scénario de base de l’AIE. Cette croissance devrait remodeler les flux d’énergie transfrontaliers et le commerce des semi-conducteurs, avec à la clé, de nouveaux partenariats dans les minéraux essentiels et dans la coopération en matière d’énergie nucléaire.
Alors que les aléas météorologiques et les impacts à long terme du changement climatique devraient s’intensifier dans les années à venir, l’ensemble des secteurs devra de plus en plus se concentrer sur les capacités d’adaptation et de résilience des actifs. Aucun secteur ne sera à l’abri des risques et des effets grandissants du changement climatique physique.
Le marché des obligations durables fait preuve de maturité et de robustesse
Dans ce contexte mondial difficile pour l’ESG, les émissions mondiales d’obligations durables étaient attendues en légère baisse fin 2025 par rapport à 2024. L’équipe de la recherche anticipe un léger rebond avec une croissance à un chiffre pour atteindre près de 870 milliards d’euros-eq. en 2026, sous l’effet du remboursement d’obligations durables, en hausse de 37% par rapport à 2025 à près de 425 milliards d’euros-eq, soit deux fois plus qu’en 2024. Ainsi, les volumes d’obligations vertes européennes devraient également poursuivre leur trajectoire ascendante.
À mesure que les impacts du changement climatique s’accentuent, l’adaptation et la résilience face à celui-ci devraient devenir un thème clé de l’offre durable, avec l’émergence progressive d’émissions d’obligations de résilience. Dans le même temps, les investisseurs surveilleront de très près les propositions d’amendement des « Règles de publication d'informations en matière de durabilité » (SFDR), compte tenu de leur importance pour l’accroissement du financement de l’adaptation à compter de 2026.
D’un point de vue produit, alors que les obligations durables devraient maintenir une dynamique positive, ce sont les émissions d’obligations sociales qui devraient augmenter le plus rapidement.
Par secteur, le marché des obligations souveraines et supranationales (SSA) devrait rester actif et représenter près de 57 % de l’offre mondiale durable en 2026. La part des opérations durables non financières devrait se stabiliser à près de 20 % après trois ans de baisse.
Dans un contexte géopolitique de plus en plus compliqué, la transition énergétique reste une priorité pour les investisseurs et les entreprises. A mesure que les effets des événements climatiques s'intensifient, l'adaptation et la résilience de la filière énergétique prennent également une importance croissante. Les risques liés aux catastrophes naturelles devraient en effet devenir un facteur de coût important dans tous les secteurs à l'échelle mondiale. Pour les marchés du crédit, cette dynamique impliquera une approche plus sélective en matière de développement durable et d'ESG. En retour, l'examen plus minutieux par les investisseurs des trajectoires de transition, de la crédibilité des objectifs climatiques pour 2030 et des stratégies d'adaptation au changement climatique ouvrira la voie à une plus grande différenciation entre les leaders dotés d'une solide capacité d'exécution et les retardataires confrontés à des risques réglementaires, financiers et d'exécution croissants. Dans un contexte de transition énergétique plus complexe, les décisions politiques joueront un rôle clé dans la performance des instruments à revenu fixe durables et dans l'évaluation de la prime de risque ESG.

Damien de Saint Germain
Responsable de la Recherche Crédit et ESG chez Crédit Agricole CIB
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