Isabelle Job-BazilleDirectrice des Études Économiques groupe Crédit Agricole
Jean-François ParenResponsable global de la recherche marchés Crédit Agricole CIB
Notre scénario central se structure autour de l’hypothèse d’une guerre russo-ukrainienne toujours intense et d’un processus de paix encore lointain. Si l’inflation continue d’imprimer partout sa marque, les signes d’assagissement se multiplient avec l’entame d’une décrue tant aux États-Unis qu’en Europe sur fond d’apaisement des tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales et de baisses des prix des matières premières.
En l’absence de nouveaux chocs sur les prix, ce reflux pourrait s’accentuer en deuxième partie d’année en raison de puissants effets de base et du refroidissement attendu de l’économie mondiale. En attendant, les banques centrales, qui ont érigé la lutte contre l’inflation au rang des priorités, vont poursuivre, certes sur des rythmes ralentis, leur processus de resserrement monétaire, le temps de consolider le processus de désinflation.
Autrement dit, alors que l’année 2022 était marquée du sceau de l’inflation, les craintes pour 2023 vont essentiellement porter sur l’ampleur et la durée du ralentissement. La politique monétaire agressive de la Réserve fédérale américaine devrait ainsi restreindre l’univers de dépenses et se solder par une récession, en milieu d’année, à la fois légère et de courte durée, de quoi abaisser la croissance annuelle autour des 1 % en 2023 et faire disparaître progressivement l’empreinte inflationniste.
Dans une économie mondiale au ralenti, la croissance des pays émergents aura du mal à trouver un nouveau souffle, d’autant que les traces du choc inflationniste restent encore présentes et que le resserrement monétaire global accroît les pressions financières. Ce panorama global masque d’importantes disparités : les pays producteurs d’énergie profitent toujours du niveau élevé des prix des carburants fossiles ; l’Asie s’impose comme une alternative au sourcing en Chine ; l’Amérique latine subit le retournement du prix des matières premières exportées et voit sa contrainte budgétaire se resserrer ; tandis que les pays d’Europe centrale et orientale, proches du conflit russo-ukrainien et les pays à faible revenu souffrent davantage avec, pour ces derniers, des enjeux de sécurité alimentaire, non exempts de risques socio-politiques. Concernant la Chine, l’abandon de la stratégie zéro-Covid et la réouverture de l’économie sont à double tranchant. D’un côté, le rebond attendu de l’activité va jouer un rôle d’amortisseur durant la phase de refroidissement mondial. De l’autre, la croissance chinoise, très gourmande en matières premières, pourrait ralentir le mouvement de désinflation et faire monter la concurrence sur le marché du gaz naturel liquéfié.
« Alors que l’année 2022 était marquée du sceau de l’inflation, les craintes pour 2023 vont essentiellement porter sur l’ampleur et la durée du ralentissement. »